La photographie montre un grand banquet dans la cour du pavillon central

Banquet organisé dans la cour du pavillon central à l’occasion de la fête du Travail du Familistère, le 24 juin 1872. Photographe Gustave Macaire. Collection Familistère de Guise (inv. n° 1976-1-144).

Partrait de Mauro Lanza

Mauro Lanza. Photo DR.

La photographie montre deux hommes souriants.

Manuel Poletti et Mauro Lanza. Photographie Familistère de Guise, 2017.

Dimanche 22 septembre 2019 - 14 h 30

Fully Automated Luxury Communism : une création de Mauro Lanza pour la Cour sonore

musique
lieu : cour du pavillon central
gratuit / tout public
durée : 20 minutes
Mauro Lanza, compositeur, avec Manuel Poletti (Music Unit), réalisateur en informatique musicale

Une commande du Familistère de Guise pour la Cour sonore avec le soutien du Département de l'Aisne, de la Région Hauts-de-France et de l'État.

Mauro Lanza
Mauro Lanza étudie le piano au Conservatoire B. Marcello de Venise, suit des cours d’écriture et de musicologie à l'Université Ca' Foscari et se forme auprès de Brian Ferneyhough, Salvatore Sciarrino et Gérard Grisey. Il obtient des premiers prix aux concours internationaux de composition Valentino Bucchi (Rome, 1996) et Carlo Gesualdo da Venosa (Potenza, 1998). Sélectionné en 1998 par le Comité de lecture de l’Ensemble intercontemporain et de l’Ircam, il suit durant une année, le Cursus de composition et d’informatique musicale de l’Ircam.
Il est chargé de cours à l’Ircam, et, en 2004-2005, professeur invité à l’université McGill de Montréal. Il est invité à donner des master classes aux conservatoires de Paris, Cagliari et Cuneo où il continue à enseigner dans le cadre du cursus de musique et nouvelles technologies. Il est régulièrement associé aux recherches de l’Ircam dans les domaines de la synthèse par modèles physiques et de la composition assistée par ordinateur et, entre 2010 et 2013, il y est professeur de composition associé au Cursus de composition et d’informatique musicale. Il enseigne actuellement à l'Université des Arts de Berlin.
Très joueuse et souvent malicieuse, à la fois exigeante et distanciée, l’écriture de Mauro Lanza mêle instrumentarium traditionnel, électroacoustique ainsi que tout un éventail d’instruments jouets et de machines étonnantes, comme cette machine à pluie, autour de laquelle s’élabore le discours musical des Nubi non scoppiano per il peso (2011) ; ou comme l'électroménager augmenté et les objets électromécaniques contrôlés par ordinateur dans son cycle Systema naturae (2013-2017) réalisé en collaboration avec le compositeur Andrea Valle.
Mauro Lanza a reçu le prix Franco Abbiati 2014 décerné par l'Association nationale des critiques musicaux d'Italie.

Pour écouter des œuvres de Mauro Lanza :
https://soundcloud.com/maurolanza

Fully Automated Luxury Communism par Mauro Lanza, juillet 2019
Fully Automated Luxury Communism est une pièce électronique conçue pour la Cour sonore du Familistère de Guise. La genèse de cette œuvre a été beaucoup influencée par l'histoire de ce bâtiment et davantage par le rapport problématique que cette histoire entretient avec le présent. Le Familistère est bien le lieu d'une utopie réalisée, le fruit concret de la capacité de penser autrement la réalité du quotidien. Or, dans ces temps de crise (sociale, environnementale, politique) qui sont les nôtres, c'est exactement cette capacité qui semble faire défaut. La crise majeure semble être celle de l'imagination collective face au constat pessimiste que le monde dans lequel nous vivons est plus fort que notre capacité de le changer.
Fully Automated Luxury Communism tire son titre du pamphlet du même nom d’Aaron Bastani. Bastani, faisant écho au « fragment sur les machines » de Karl Marx, préconise (avec beaucoup d'optimisme) une société future où, grâce au développement technologique, est en vigueur une économie de l'abondance, où l'automation de la production est complète et la propriété des biens commune. Très loin de la quasi divinisation du travail pensée par Godin, nous avons ici une utopie de l'après-travail et du temps libre, où la machine, au service de l'homme, lui offre la clé d'un véritable paradis sur terre. 
Très sensible moi-même au charme des sirènes technologiques, j'ai interprété le contraste entre l'utopie d’hier et celle d'aujourd'hui comme une relecture (avec les moyens offerts par l'informatique) d'un matériel ancien. Les vingt minutes de la pièce ne sont rien d'autre que la mélodie du premier couplet de l'Internationale étirée dans le temps ; pour donner la mesure de l'étirement, les cinq dernières minutes de la pièce correspondent grosso modo aux mots « Du passé faisons table rase ».
Les interstices entres les notes du chant populaire sont comblés par des marches harmoniques engendrées par ordinateur qui donnent l'impression d'un tissu sonore lisse et en évolution permanente.

La Cour sonore
La Cour sonore a été imaginée en 2010 par le compositeur Jean-Christophe Desnoux et Manuel Poletti à l'occasion de l’aménagement muséographique du pavillon central par les architectes Catherine Frenak et Béatrice Jullien. Un dispositif de diffusion de sons – enregistrés, composés, spatialisés in situ –  est greffé dans les caves sur le système de ventilation naturelle de la cour : 58 des 72 bouches de ventilation du sol deviennent des sources sonores invisibles. Le son provient ainsi d’un hors-champ mystérieux, devient un environnement magique et se déploie sur trois niveaux de perception : tout d’abord l’enfoui, la cave, ensuite la surface de la cour et enfin le flottement dans l’air. C'est dans l'écart entre le son produit et l'image créée, dans le mystère de la reconstitution d’une origine supposée du son que se forme l'imaginaire du spectateur. Le dispositif de la Cour sonore est une sorte de « grand orgue », un méta-instrument de musique qui possède ses propres outils d’écriture et de spatialisation, comme une fabrique de processus, où les sons peuvent être fixés, génératifs, aléatoires ou stochastiques. Des séquences musicales révèlent certaines possibilités de jeux avec l’espace, avec des circulations de sons à vitesse et parcours variables, des polyphonies et polyrythmies liées à l’espace… Elles seront aussi l'occasion de créations et de réinterprétation d'œuvres existantes : écrire une œuvre musicale qui se comporte comme un organisme vivant ! (d'après Jean-Christophe Desnoux et Manuel Poletti, « La Cour sonore », dans L'Album du Familistère, Guise, Éditions du Familistère, p. 576-578).

Depuis 2017, le Familistère commande à des compositeurs contemporains des œuvres musicales destinées à enrichir le répertoire de la Cour sonore :
Cécile Le Prado, Ghinà, 17 juin 2017 ;
Jean-Luc Hervé, Harmonie, 16 juin 2018 ;
Mauro Lanza, Fully Automated Luxury Communism, 22 septembre 2019.

Notice mise en ligne le 11/07/2019. Notice modifiée le 17/08/2019.