Portrait en pied de Pume Bylex dans un costume bleu et noir

Pume Bylex dans un costume dessiné par lui-même. Photographie Revue Noire, 2012.

Vue d'un intérieur montrant des sculptures.

Atelier de Pume Bylex à Kinshasa. Photographie Revue Noire, 2012.

Vue d'une exposition des oeuvres de Pume Bylex.

Exposition « Pourquoi pas Bylex ? » à la Halle de la Gombe à Kinshasa. Photographie Revue Noire, 2012.

01/05/2020 – 01/11/2020
Le monde rêvé de Pume Bylex, avec Alain Nzuzi Polo

Pume Bylex

par Jean-Loup Pivin et Pascal Martin Saint Leon

1968
Pume naît en République démocratique du Congo (ex-Zaïre).
Issu d’une famille d'artisans (son père est menuisier), il suit des études secondaires et reçoit un diplôme de pédagogue. Pume, peu attiré par l’éducation des enfants, décide de suivre son destin.
Il dit que sa fascination de la logique, de la relation de cause à effet, des sciences vient de son observation des machines de projection cinématographique, qu’il regarde tourner inlassablement dans les cinémas. « Ceux qui ont inventé cet engin ne sont ni Dieu, ni anges..., alors pourquoi pas moi ? »
Il invente sa propre machine à énergie solaire, vendue dans une foire. Avec les gains, il s’achète un projecteur…

1988
Une voix – la voix de Byl, l’« homme qui ne perd pas son temps » – lui chuchote que tout est possible, qu’il faut être calme, qu’il n’est pas venu sur terre pour rien. « Né dans une famille riche, je n’aurais jamais eu le goût de pousser aussi loin. Mais on n’est tout de même pas venu au monde pour embrasser la souffrance. »
Dès lors, que faire ? Pendant quatre ans, il va méditer sur la Statue Byl, représentation symbolique de son passage à l’art. Il raconte : « Les femmes ont une richesse cachée. Elles chérissent avec tendresse leur enfant pendant neuf mois. Si on ne devient pas artiste, on ne sera jamais en mesure de leur payer la facture pour les remercier de nous avoir mis au monde. Avant, j’étais comme un rien. Aujourd’hui, je suis une personne parlante ».

1995
Pume participe à une exposition collective au Centre culturel français de Kinshasa, conçue et réalisée par Jean Pierre Mbui, avec « la » sculpture fondatrice, Statue Byl appelée aussi « La maternité », qui permet à Revue Noire de connaître l'artiste. Un article et la couverture du numéro « Kinshasa » de la revue le mettront en lumière en 1996. Tous ses codes sont déjà définis dans les différentes œuvres qu’il réalise : bureau, fauteuil, tenues vestimentaires, Baiser de cochons, la Cité touristique sont déjà là. De même que les codes formels qu’il ne cesse de développer comme le carroyage et « l'échiquier » de l’ordre et de la science, la vitrine qui protège le précieux prototype et ses codes couleurs dont les célèbres et fondatrices « noir-corail » ou « blanc-oyant ».

1997
Pume accomplit son premier voyage en Europe, à Paris, pour l’exposition collective de Revue Noire « Suites Africaines » au Couvent des Cordeliers dans laquelle un espace lui est consacré. Puis s’enclenche une suite d’expositions prestigieuses dont en 2000 « Partage d’exotismes », la Biennale de Lyon dont le commissaire est Jean Hubert Martin, et à partir de 2004 « Africa Remix » (Kunst Palast de Düsseldorf, Centre Pompidou à Paris, Londres, Tokyo…) dont les commissaires sont entre autres Simon Njami et Jean Hubert Martin.

2004
Pume est invité pour une résidence d'un mois et une exposition à l'Espace croisé, centre d'art contemporain de Roubaix où il réalise deux œuvres importantes de grande taille, qui seront « égarées » par l'institution dirigée par Eric Deneuville.

2008
Une exposition personnelle importante et originale : « The World According to Bylex » est organisée au KVS de Bruxelles. Filip de Boeck et Koen Van Synghel mettront sur une scène de théâtre son œuvre « la Cité touristique » en même temps que son univers, à travers un film réalisé par Pume, diffusé sur une suite d'écrans de projection.

2012
Une double exposition monographique « Pourquoi pas Bylex ? » a lieu à la Halle de la Gombe, l'Institut français de Kinshasa, et à la Maison Revue Noire à Paris (commissaires Françoise Gardies et Jean Loup Pivin, accompagnés de Hanna et Antoine).

2016
Pume participe à la Biennale de Dakar. Il se fait appeler alors officiellement Pume-Bylex.

2017
Un espace est dédié à l’œuvre de Pume dans l’exposition « Afriques Capitales », qui se tient à la Grande halle de la Villette à Paris.

2019
Pume vit et travaille à Kinshasa (République démocratique du Congo). Il est marié et a trois enfants (lui qui redoutait autrefois que les enfants ne respectent pas son œuvre), tous autant de Pume que de Bylex. C'est ainsi que s'appellent sa première fille Lorbyl (Lord – Dieu – is Bylex), son fils Lasdié (la science de Dieu) et sa dernière fille Loreme (Lord remember me).

Bibliographie
« Kinshasa, Zaïre », Revue Noire n° 21, mars 1996.
« Suites africaines », Revue Noire n° 24, décembre 1997.
Anthologie de la création contemporaine d’Afrique noire et de sa diaspora / Anthology of the Contemporary Creation from Black Africa and its Diaspora, Paris, Revue Noire, 2001.
Filip De Boeck et Koen Van Synghel, The World According To Bylex, avec un film de Pume Bylex, Percer les mystères de l’invisible (DVD, 69 min.), Bruxelles, KVS et Africalia, 2008.
Jean-Loup Pivin et Pascal Martin Saint Leon, Pourquoi pas Bylex ? Pume, Paris, Revue Noire, 2012.

 

ALAIN NZUZI POLO
par Jean-Loup Pivin

Alain Nzuzi Polo est en 1985 à Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Il a fait ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Il a été membre d’un collectif appelé SADI (Solidarité des Artistes pour le Développement Intégral). Leur travail collectif porte sur des performances dans des quartiers populaires de Kinshasa et sur le « village de l’érosion » de Mont Gafula, dont les maisons s’écroulent à chaque grande pluie. Ils peignent sur des pans de murs isolés et des maisons sur le point de s’effondrer. Photographies, performances, vidéo sont les principaux supports de création d'Alain Nzuzi Polo.

Les premières séries photographiques d'Alain Polo réalisées en 2008-2009 sont un travail d'autoportrait révélant un moment intime de doute sur son identité. Il attendra deux ans avant d'oser montrer ces photographies et, en quelque sorte, accepter sa propre réalité, même s'il aime son image. Il poursuit son travail en transformant des images des réseaux sociaux où il semble se reconnaître lui-même. Dans un travail plus récent, il met en confrontation des objets de la société bien-pensante avec ses fantasmes.

Sous l’apparence d’un jeune homme calme et enjoué, Alain Nzuzi Polo révèle une âme troublée qu’il veut libérer.

Alain Nzuzi Polo vit et travaille à Paris.

 

Notice mise en ligne le 09/01/2020.