Le dessin représente le projet du monument aux morts du Familistère

Projet de monument aux morts du Familistère. Collection Familistère de Guise (inv. n° 1999-3-57). Crédit photographique : Familistère de Guise / Bruno Arrigoni, 2001.

La page de la revue L'Architecture usuelle consacrée au monument aux mort de Vil

La page de L’Architecture usuelle n° 147 communiquée par Louis Lhote à Louis-Victor Colin en 1921. Archives Familistère de Guise (fonds Nicolas, dossier n° 16). Crédit photographique : Familistère de Guise.

La photographie représente le monument aux morts peu après son achèvement.

Le monument aux morts du Familistère. Photographie anonyme, vers 1922 (négatif inversé). Collection Familistère de Guise (inv. n° 2000-1-391bis). Crédit photographique : Familistère de Guise, 2001.

Projet de monument aux morts du Familistère

Dessinateur :

Martel (Jan)

Sculpteur français, né en 1896 et mort en 1966, frère jumeau de Joël Martel.

Lieu :

Paris

Date : 1922
Dessinateur :

Martel (Joël)

Sculpteur français, né en 1896 et mort en 1966, frère jumeau de Jan Martel.

Lieu :

Paris

Date : 1922
Technique : aquarelle ; carton
Mesures : H. 52 ; L. 67 cm
Inscriptions :

manuscrit au crayon en bas : « A la mémoire des morts du Familistère de Guise » ; signé en bas à droite : « Jan Martel | Joël Martel ».

Domaine :

dessin

Acquisition : fonds ancien du musée municipal de Guise, transféré en 2006.
Inventaire n° : 1999-3-57
Notice :

Pour honorer la mémoire des quelque 150 travailleurs et habitants du Familistère morts pendant la Grande Guerre, la Société du Familistère souhaite ériger son propre monument, distinct de celui de la municipalité. L’emplacement choisi se trouve en face du pavillon Cambrai, entre la rue André-Godin et le canal des usines, sur des parcelles autrefois cultivées en jardins potagers.

En 1921, Louis-Victor Colin, administrateur-gérant de la Société du Familistère, consulte à ce propos Louis Lhote, architecte-expert à Guise. Lhote communique à Colin un numéro récent de la revue L’Architecture usuelle (n° 147), dans lequel est publié le monument aux morts réalisé en novembre 1920 par Jan et Joël Martel à Villemeux (Eure-et-Loir). Le monument est sobre : une stèle monumentale, sur laquelle sont gravés les noms des victimes, sert de piédestal à la statue massive d’un fier « poilu » grandeur nature. « La municipalité, écrit la revue, a désiré que son monument ne soit pas un travail d’un de ces entrepreneurs de marbrerie, qui répandent des catalogues d’ouvrages faits en série dans toutes les municipalités de France ».

Jan et Joël Martel (1896-1966), frères jumeaux, sont de jeunes sculpteurs qui débutent leur carrière d’artiste en honorant des commandes municipales de monuments aux morts de la Grande Guerre. Après le monument de Villemeux, ils réalisent ceux de La Loupe et de Néron, toujours en Eure-et-Loir, de La Roche-sur-Yon, de Saint-Gilles-de-Vie et d’Olonne-sur-Mer, en Vendée. Ils partagent d’ailleurs leur temps entre Paris et la Vendée, où ils résident à Saint-Jean-de-Monts. Leurs compositions sont dépouillées et mettent en valeur la géométrie des volumes. Au cours de l’entre-deux-guerres, Jan et Joël Martel comptent parmi les artistes en vue de l'Art déco. En 1929, ils sont, avec Charlotte Perriand, membres fondateurs de l’Union des Artistes Modernes, aux côtés de l'architecte Robert Mallet-Stevens.

En octobre 1921, Louis-Victor Colin invite les sculpteurs à venir à Guise pour leur faire part de ses intentions sur le monument aux morts du Familistère. Les Martel tardent à satisfaire le désir de Colin. Ils lui rendent finalement visite vers le 20 janvier 1922. Les sculpteurs lui annoncent quelques jours plus tard qu’ils sont en mesure de lui soumettre le projet : « Nous l’avons cherché dans le sens que vous nous avez indiqué et qui donnera lieu à de très intéressantes études. L’idée qui est exprimée est celle du soldat qui a combattu pour garder aux siens le Familistère » (J. Martel à Colin, 25 janvier 1922). Le 3 février 1922, les frères Martel présentent le projet de monument à Louis-Victor Colin et au conseil de gérance de la Société du Familistère. La commande leur est passée le même jour pour une somme de 42 000 francs. Le monument et ses sculptures doivent être exécutés en pierre de Lorraine. L’inauguration est prévue au mois de septembre suivant.

Il est très vraisemblable que le dessin très abouti que conserve le Familistère, exécuté sur deux feuilles de carton assemblées, soit le projet présenté le 3 février 1922 par les frères Martel à la Société du Familistère. Au centre, sur un piédestal, se tient la figure d’un poilu à l’imitation de celui de Villemeux ; il semble défendre la stèle dans laquelle sont enchâssés deux bas-reliefs représentant le Travail et la Famille. Des allégories figurant ces sujets avaient été créées en 1889 pour le mausolée de Jean-Baptiste André Godin, et on peut imaginer que cette iconographie été suggérée par Louis-Victor Colin aux statuaires lors de leur première visite au Familistère. À cette occasion les frères Martel ont réalisé des croquis des travailleurs dans les ateliers de l’usine du Familistère. Les reliefs représentés sur le dessin ne correspondent pas aux modèles définitifs, achevés au début de septembre 1922, mais, justement, à des dessins d’étude des reliefs, que conservent aujourd’hui les héritiers des sculpteurs.

Le monument donne satisfaction au commanditaire. Louis-Victor Colin en fait l’éloge à la suite de l’inauguration du 17 septembre 1922 : « Vous avez évité la jactance dans le geste ; notre poilu est le soldat de 1914, grave mais résolu. Ses deux mains appuyées sur la pierre montrent pourquoi il est prêt au suprême sacrifice : conserver son foyer et son travail. Et vos deux bas-reliefs qui symbolisent ce qui réalisait pour nos morts leurs principales préoccupations : famille et travail, sont de toute beauté avec leur sobriété de gestes et la vérité des attitudes » (lettre de Colin aux Martel, 25 septembre 1922).

Sources et bibliographie :
Archives du Familistère, fonds Nicolas, dossier n° 16 sur le monument aux morts du Familistère, correspondance échangée entre Louis-Victor Colin et Jan et Joël Martel, 1921-1923.
Joël et Jan Martel sculpteurs (1896-1966), Paris, Éditions Gallimard, 1996.

Mots-clés : monument ; monument aux morts ; statue ; monument aux morts du Familistère de Guise
Œuvres en rapport :

La Famille

Le Travail

Modèle du relief du monument à la Cinquième Armée

Notice mise en ligne le 01/06/2018. Notice modifiée le 13/06/2018.