27 mars 2021

FamiliLettres : 27 mars 1885, Godin écrit au président du Cercle républicain de Saint-Quentin

En marge du projet FamiliLettres, nous vous proposons de découvrir les correspondances de Jean-Baptiste Godin et de Marie Moret conservées dans les archives du Conservatoire national des arts et métiers et du Familistère.
La publication prend la forme d'une éphéméride.

À quoi pensait Jean-Baptiste André Godin en ce 27 mars 1885 ? Qu’il a mieux à faire que de se présenter aux élections.

Vue de la première pas d'une lettre manuscrite.

Jean-Baptiste André Godin au président du Cercle républicain de Saint-Quentin, 27 mars 1885 (copie d’une lettre manuscrite par Marie Moret pour Godin). Bibliothèque centrale du Conservatoire national des arts et métiers, Paris, FG 15 (25).

Vue d'une lettre manuscrite

Jean-Baptiste André Godin au président du Cercle républicain de Saint-Quentin, 27 mars 1885 (copie d’une lettre manuscrite par Marie Moret pour Godin). Bibliothèque centrale du Conservatoire national des arts et métiers, Paris, FG 15 (25).

JEAN-BAPTISTE ANDRÉ GODIN AU PRÉSIDENT DU CERCLE RÉPUBLICAIN DE SAINT-QUENTIN, 27 MARS 1885

 

Guise Familistère

27 mars 1885

À Monsieur le Président du Cercle républicain de St Quentin[1]

 

                Monsieur,

                Votre lettre du 25 [courant] m’informe que le Comité électoral de St Quentin m’a désigné comme candidat aux prochaines élections législatives[2], mais, dans l’intérêt même de la cause que vous défendez, j’ai la conviction de rendre plus de services à l’avenir de la démocratie en restant à mes études sociales et politiques[3] qu’en allant à la Chambre grossir le nombre des impuissants[4].

                Je vous prie donc de bien vouloir remercier, en mon nom, les électeurs du comité démocratique de Saint-Quentin de l’honneur qu’ils me font et leur dire que je décline toute candidature à la Chambre.

                  Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments dévoués.

                Godin

 

 


[1] Le président du Cercle républicain de Saint-Quentin est Louis Alfred Bachy, avocat, professeur de droit commercial et d’économie politique au lycée et à la Société industrielle de Saint-Quentin. Godin et Bachy se connaissent. Le 24 décembre 1882, Godin avait reçu à Saint-Quentin des mains du ministre du Commerce les palmes d’officier d’Académie et la croix de chevalier de la Légion d’honneur ; au cours de la même cérémonie, Bachy était également décoré des palmes académiques (Bulletin de Société industrielle de Saint-Quentin et de l'Aisne, Saint-Quentin, 1883, p. 69-70). Godin ne personnalise toutefois pas sa réponse : elle s’adresse à l’ensemble des membres du Cercle républicain.

[2] Les élections législatives ont lieu les 4 et 18 octobre 1885. Godin a déjà été candidat à des élections sous la Troisième République. Élu député à l’Assemblée nationale en février 1871, il ne brigue pas un nouveau mandat aux élections législatives de 1876. Conseiller général de l’Aisne de 1871 à 1883, il est battu aux élections cantonales d’août 1883. Malgré son expérience malheureuse d’élu, le fondateur du Familistère conserve du crédit auprès des démocrates de l’Aisne et son activisme en faveur de réformes sociales et politiques le signale à l’attention des démocrates de l’Aisne.

[3] Godin s’efforce à cette époque d’intervenir dans le débat public national en publiant plusieurs livres et brochures qui composent un programme socialiste de réformes politiques, civiles et sociales : Le Gouvernement, ce qu’il a été, ce qu’il doit être, et le vrai socialisme en action (Paris, 1883) ; Mutualité nationale contre la misère : pétition et proposition de loi à la Chambre des députés (Paris, 1883) ; « Études sociales » n° 1 à 10 (Guise, 1884-1885) sur l’hérédité de l’État, la mutualité nationale ou la réforme électorale.

[4] L’ancien député est désenchanté de la politique. Son influence en tant qu’élu a été négligeable dans l’assemblée de 1871. Il juge que la République conservatrice est imparfaitement républicaine : « La stérilité et les fautes de la dernière législature ne sont un titre à revendiquer pour aucun député. Il faut que les mandataires du pays se décident à instituer la République et à ne pas la laisser plus longtemps avec ses formes monarchiques. Il ne doit pas suffire de se dire républicain pour mériter la confiance des électeurs » (lettre de Godin au directeur du Progrès de la Somme, 1er septembre 1885). Malgré ses préventions, Godin organise au début des années 1880 une propagande pour des réformes en direction des députés et sénateurs : il leur communique ses brochures, et correspond avec ceux qu’il juge bons républicains.