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De 1863 à 1914 : une stratégie
de l'innovation
Aucun catalogue ne semble avoir été édité
par la manufacture installée à Esquéhéries
de 1840 à 1846.
Le plus ancien album des fonderies de Guise, dont les planches
lithographiques sont particulièrement soignées,
est publié en 1863.
Il présente 131 modèles d'appareils et ustensiles.
Sous la raison sociale " Godin-Lemaire ", la manufacture
emploie alors 309 personnes ; elle produit 20 000 appareils
par an ; l'aile gauche du Palais et les économats du
Familistère sont construits.
En 1867 paraît un nouvel album
qui présente près de 300 modèles.
C'est le premier album organisé en séries (il
en compte six) ; la diversification de la production, qui
ne fera que croître jusque 1914, est déjà
sensible : série spéciale de cheminées
de luxe, appareils d'hygiène, ustensiles de cuisines
et objets divers. La manufacture emploie 900 personnes, elle
produit bientôt 50 000 appareils par an. Les bénéfices
dégagés autorisent l'édification du pavillon
central et de la nourricerie du Familistère.
Près de 450 modèles sont au catalogue
de 1870. La prospérité industrielle continue
favorise l'achèvement rapide du Palais social projeté
en 1858 : le théâtre et les écoles et
le lavoir-piscine sont réalisés en 1870 et l'aile
droite d'habitation en 1878.
En août 1880, sitôt fondée l'Association
coopérative du Capital et du Travail, paraît
le premier album sous la raison sociale " Société
du Familistère Godin & Cie ". Il présente
plus de 800 modèles, parmi lesquels les objets d'ameublement
ou de quincaillerie - produits d'appel pour les appareils
de cuisson et de chauffage - se font nombreux. Dans les années
qui suivent, d'importants travaux d'agrandissement et de modernisation
sont réalisés à l'usine de Guise. Toujours
en 1880, un grand album est édité en anglais
avec en frontispice deux lithographies représentant
le Palais social et la manufacture. Le catalogue industriel
peut être un vecteur de la propagande sociale. Une traduction
néerlandaise du catalogue a également été
publiée. La Société coopérative
du Capital et du Travail, dont les produits ont été
primés à l'exposition internationale de 1878
à Paris, exporte en Europe et en Amérique du
Nord.
L'album de 1887, le dernier
édité du vivant de J.-B.A. Godin, compte plus
de 1400 modèles répartis dans 14 séries.
Les appareils au gaz font leur apparition ainsi que les premières
cuisinières-jouets, parfaites réductions en
fonte de fer des appareils domestiques. La série des
cuisinières, qui comprenait moins de 200 numéros
en 1880, s'enrichit de 120 nouveaux modèles ! La fréquence
et l'abondance des nouveautés sont le fer de lance
de la stratégie industrielle et commerciale de la Société
du Familistère pour devancer la concurrence. Ce dynamisme
de la création est une meilleure garantie de succès
que l'insuffisante protection offerte par les multiples brevets
déposés par Godin depuis 1840. L'exercice 1887-1888
fait état d'un nombre de 104 664 appareils expédiés
; les usines de Guise et de Laeken emploient plus de 1500
personnes. La Société du Familistère
construit un pavillon d'habitation à Laeken (de 1882
à 1884, elle a édifié à Guise
les pavillons Landrecies et Cambrai et deux écoles
supplémentaires).
Cette stratégie de l'enrichissement et de la diversification
permanents culmine avec les albums
de 1903 et de 1914, publiés dans la première
partie de la gérance de Louis-Victor Colin. Plus de
4000 modèles, de la cuisinière au bouton de
porte, sont inscrits au catalogue de 1914. L'album comprend
22 séries, parmi lesquelles une série d'articles
d'écuries, une autre d'articles de jardin, une autre
encore de plaques indicatives. Les appareils de chauffage
et de cuisson électriques font leur apparition en 1903
et les installations de chauffage central en 1914. Le "
petit Godin " ou calorifère hygiénique
à combustion complète n°120, emblème
de la marque, paraît pour la première fois au
catalogue de 1903. Plus de 200 000 appareils sont expédiés
en 1914 par les usines de Guise et de Laeken. La reproduction
d'une vue peinte de chaque usine est jointe à l'album.
A côté de l'édition de ces volumineux
albums généraux, la Société du
Familistère multiplie au XXème siècle
les publications : albums particuliers à certaines
séries de la production, albums spécifiques
à l'usine de Guise ou de Laeken, suppléments
aux albums généraux, extraits des albums, catalogues
des dernières créations.
La guerre de 1914-1918 brise la dynamique industrielle de
la Société du Familistère. La destruction
d'une grande partie de la collection des plaques-modèles,
étalons du moulage des appareils et objet de fonte,
réduit à néant 70 ans d'une création
industrielle particulièrement riche.
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