|
Le développement industriel de la manufacture et le
succès de la première unité d’habitation
(aile gauche du Palais et économats achevés
en 1860) favorisent l’ouverture rapide d’une seconde
campagne de travaux. Le pavillon central du Palais social
et la nourricerie-pouponnat sont édifiés entre
1862 et 1866. Le nouveau bâtiment d’habitation,
dont les dispositions sont identiques à celles de l’aile
gauche primitive, est le plus vaste du Palais projeté
en 1858 : il comprend près de 150 appartements ; sa
cour intérieur couvre une superficie de 900 m².
Une horloge et un belvédère, souvenir de la
tour d’ordre du Phalanstère, dominent la façade
sud sur la place qui prend alors forme. La construction est
achevée en 1864. Les deux bâtiments du Palais
social accueillent déjà 700 habitants en 1865
et près de 900 en 1974.
Un édifice de liaison permet la communication entre
l’aile gauche et le pavillon central à tous les
niveaux de la construction, des caves aux combles. La circulation
continue et à couvert sur les coursives dans l’ensemble
du Palais satisfait d’une façon originale et
pragmatique l’une des exigences de l’architecture
unitaire fouriériste. Les fonctionnalités de
l’habitation collective sont soigneusement étudiées
; l’ingénierie de la construction, très
développée, fait du Palais une étonnante
machine à habiter. La modularité des espaces
habités, l’aération de la cour et des
appartements, la diffusion de la lumière naturelle
ou artificielle dans toutes les parties de l’édifice,
la rationalisation des réseaux, l’adduction en
eau, l’évacuation des déchets, la sécurité
ou le confort des personnes trouvent des solutions inventives
et le plus souvent efficaces.
Une épicerie et une mercerie (également quincaillerie)
occupent le rez-de-chaussée de l’aile sud du
pavillon central. Ils sont complémentaires des magasins
logés dans les économats et permettent aux habitants
de s’approvisionner sans quitter le Palais. Le service
médical et la pharmacie mutualistes du Palais social
sont également installés dans une salle du rez-de-chaussée
du pavillon central.
Le pavillon central remplit une fonction sociale particulière.
Chaque jour, les enfants du Familistère sont rassemblés
dans la cour intérieure avant d’être conduits
aux écoles situées de l’autre côté
de la place. La cour est aussi le théâtre principal
des fêtes familistériennes - la fête de
l’Enfance qui a lieu en septembre à partir de
1863 et la fête du Travail célébrée
le premier dimanche de mai depuis 1867.
A l’extérieur comme à l’intérieur,
l’architecture du pavillon central du Palais social
a été peu altérée. La mosaïque
de pavement de la cour intérieure est un décor
ajouté après 1918 ; des tôles de plastique
ont, après 1968, remplacé le verre de la couverture
de la charpente originale en bois. L’entrée nord
de la cour ouvre désormais sur le parc ; elle communiquait,
jusque 1918 avec la nourricerie-pouponnat du Familistère.
Cet accès est encadré par deux plaques de pierre
noire enchâssées dans le mur de la cour. Elles
portent deux maximes gravées : « Dieu nous soit
en aide. 1859 » et « Hommes soyez-nous favorables.
1859 ». Ces plaques proviennent de la cour de l’aile
gauche primitive du Palais incendiée en 1914, déplacées
dans le pavillon central après 1918. Elles commémorent
la fondation du Familistère en avril 1859. L’appel
aux hommes et à Dieu (un dieu transcendant) exprime
l’espoir et l’incertitude des futurs familistériens.
|