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L’appellation de « lavoir-piscine » peut
laisser croire que le programme de l’édifice
est hétéroclite. Il est doté en réalité
d’une forte cohérence. Le lavage du linge et
des corps est, de même que l’exercice de la nage,
une contribution à l’hygiène et à
la santé des habitants du Familistère. Par ailleurs,
l’économie générale de la réalisation
du Familistère nécessite que soient réunies
dans une même construction les fonctions grandes consommatrices
d’eau chaude : lessive, bains douches, piscine. En outre,
l’hygiène de l‘habitation tout comme la
natation sont l’objet d’un apprentissage. Ce bâtiment
de services est aussi une construction à vocation éducative.
L’entretien du linge est proscrit à l’intérieur
des appartements du Palais social. Jean-Baptiste-André
Godin a lu les rapports des médecins hygiénistes
qui enquêtent en France après les épidémies
de choléra de 1832. Les descriptions de Louis-René
Villermé ou d’Eugène Buret confirment
son expérience personnelle des conditions matérielles
de la vie ouvrière. L’humidité provoquée
par cette activité domestique, couplée à
une aération insuffisante des logements, est une cause
directe de maladie ou de mortalité. L’air circule
naturellement à travers les appartements du Palais
social et un édifice particulier est dévolu
au service collectif de lavage et de séchage du linge.
La toilette des corps s’opère également
à l’extérieur des logements, dans les
cabinets de bain ou de douche situés soit au rez-de-chaussée
du Palais social soit au lavoir-piscine. L’existence
d’une piscine est justifiée par la présence
de l’Oise et la nécessité de prévention
des risques de noyade par l’apprentissage de la natation
; elle se comprend également comme la volonté
de favoriser l’exercice - et donc l’hygiène
- des corps.
Le lavoir-piscine, plus proprement appelé buanderie-piscine,
est construit en 1870 sur la rive droite de l’Oise.
Le bâtiment en briques comprend à l’ouest
(côté Palais social) un atelier collectif de
buanderie surmonté d’un séchoir du linge
par mauvais temps, et une piscine à l’est (côté
usine). La façade nord du lavoir et de la piscine est
flanquée de cabinets de bains. L’implantation
de l’édifice en contrebas de la manufacture permet
d’alimenter buanderies, bains et piscine avec l’eau
chaude produite par les machines à vapeurs de la fonderie.
Le recyclage des eaux industrielles est assuré par
des conduites en fonte de fer qui desservent également
le jardin d’agrément. La situation du lavoir-piscine
à mi-chemin de l’usine et du Palais social facilite
l’usage des bains par le personnel de la fonderie quittant
l’atelier pour rentrer au Palais.
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