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| Le Familistère ou Palais social |
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Rforme sociale et rforme architecturale
Jean-Baptiste-André Godin a un intérêt particulier pour les questions
architecturales. Il figure d'ailleurs parmi les
actionnaires fondateurs de l'Ecole Spéciale d'Architecture
Paris en 1865. Le paradoxe est que le Familistère est encore
aujourd'hui une architecture sans architecte. L'industriel
accorde une place singulière à l'architecture dans
le projet social. Les utopies font de la belle
architecture, ordonnée et rationnelle, le couronnement
de la réforme sociale. Elles lui abandonnent la
création du paysage d'une société désormais
pacifiée et harmonieuse. Godin considère l'architecture
unitaire d'abord comme le moyen de la réforme sociale.
Elle offre les équivalents de la richesse ceux
qui en sont démunis dans le monde du libéralisme
économique ; elle crée le milieu dans lequel se
nouent les solidarités indispensables à la transformation
de la société. L'architecture de l'habitation est
sociale dans la mesure où elle offre la facilité
des relations et la proximité des services, l'espace
libre, l'eau et la lumière en abondance. Elle crée
une situation matérielle d'existence satisfaisante
pour tous et donc les conditions mêmes de l'émancipation
des classes populaires et d'un progrès social harmonieux.
Le Familistère
est l'habitation des temps modernes comme le chemin
de fer est le transport des temps modernes. Avec
des accents qu'on retrouve chez Le Corbusier un
siècle plus tard, Godin est convaincu que l'aménagement
de l'espace, au même titre que
l'organisation économique, est doué d'une capacité
de transformer la réalité sociale. Sa compréhension
du problème est profonde. Le logement qu'on appellera "social" n'est
certainement pas pour lui la finalité de l'architecte
: "Ce n'est donc
pas le logement bon marché qu'il faut créer, car
le logement bon marché est le plus onéreux pour
l'homme ; ce qu'il faut édifier, c'est le logement
de la véritable économie domestique, c'est l'atelier
du bien-être et du bonheur humain" [J.-B.-A.
Godin, Solutions sociales, 1871, p. 414]. "L'atelier", c'est--dire le
lieu où se fabrique la société solidaire et démocratique.
Le Familistère
est une cité au sens plein du terme.
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