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Les fonderies et manufactures Godin & Cie
Esquéhéries, Guise et Bruxelles

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Voir aussi : les albums des fonderies et manufactures du Familistère
De Godin-Lemaire Godin S.A.

Une vingtaine d'année après sa créationà Esquéhéries (Aisne) en 1840, la petite fabrique d'un artisan serrurier jeune mari, transférée à Guise en 1846, est devenue une entreprise dominante dans le monde pour la production d'appareils de chauffage et de cuisson. "Godin " devient le nom commun du poêle comme le sera plus tard "Frigidaire" pour le réfrigérateur. Les raisons de ce succès tiennent d'abord au formidable génie d'invention d'un autodidacte et à sa capacité à comprendre la société de son temps.

L'acte fondateur de Jean-Baptiste-André Godin est d'utiliser la fonte de fer plutôt que la tôle de fer pour la construction de poêles. Les appareils ont un pouvoir calorifique supérieur, ils sont robustes et bon marché. Conscient de la valeur technologique et commerciale de cette substitution, Godin protége aussitôt son invention par un brevet. La seconde découverte fondamentale consiste dans l'application des émaux aux objets en fonte, dont les procédés sont brevetés en 1851. Poêles et cuisinières "Godin" ne sont plus seulement des appareils efficaces mais aussi des meubles décoratifs. La stratégie industrielle de Godin ne se résume pas à la protection légale, parfois illusoire, de ses multiples inventions (il détient une cinquantaine de brevets en 1873). Il affronte la concurrence - vive dans le nord et l'est de la France ainsi qu'en Belgique - en plaçant la production de la manufacture sous le signe de l'innovation. Le contrôle de la qualité, la diversification et l'adaptation aux besoins des clientèles sont des constantes de la manufacture jusqu'au milieu du XXme siècle.

Des investissements importants sont consentis au XIXme siècle pour la mécanisation de la chaîne de fabrication. Les installations de moulage mécanique permettent d'augmenter la production dans des proportions considérables. L'usine de Guise fabrique 100 appareils en 1850 et 100 000 en 1882 ! L'écoulement de cette production est assuré par un réseau commercial très développé soutenu par la publicité.

Le personnel de l'usine de Guise passe de 30 employés en 1846 à 300 en 1852. Plus de 1500 personnes sont salariées à Guise et à Bruxelles en 1887. Ils bénéficient rapidement de l'assistance d'une caisse d'assurance maladie puis d'une caisse de pensions pour retraités, veuves et orphelins dont le financement se répartit équitablement entre le capital et le salaire.

Godin innove sur le plan de la forme juridique et économique de lé'tablissement industriel. Après une expérience de participation des employés aux bénéfices, Godin, qui posséde les manufactures en son seul nom après son divorce avec Esther Lemaire, fonde en 1880 l'Association coopérative du Capital et du Travail, société du Familistère Godin & Cie. Les usines de Guise et de Laeken font partie de l'apport de Godin au capital de l'Association. Le travail des associés ou des socitaires est rémunéré, en plus du salaire par des intérêts sous forme de titres de participation au capital de l'entreprise. Ces salariés vont se rendre peu peu propriétaires de l'entreprise (le processus sera achevé en 1893 après le remboursement de l'apport de Godin). L'objet de l'Association est aussi de faire entrer la démocratie dans l'entreprise. Un conseil de gérance et un conseil d'industrie assistent l'administrateur-gérant dans la conduite des affaires industrielles.

La succession du fondateur est réglée par les statuts de 1880. Les administrateurs-gérants successeurs de Godin sont élus par l'assemblée générale des associés de l'Association coopérative. Les usines sont dirigées suivant les principes des statuts jusque 1968.

Après la seconde guerre mondiale, "Godin" perd son leadership. Le contexte économique et les difficultés internes d'ordre économique et social conduisent en 1968 à la dissolution de l'Association coopérative du Capital et du Travail età sa transformation en société anonyme. L'expérimentation est close. Godin S.A. devient en 1970 la propriété de la société Le Creuset, fabricant de poteries culinaires à Fresnoy-le-Grand (Aisne). "Le Familistère Godin se livre à une société capitaliste" titre alors le journal Le Monde. Les bâtiments de l'usine de Bruxelles sont vendus à une société de transport. L'entreprise de Guise survit mais se trouve proche de la cessation d'activité quand elle est reprise en 1988 par le groupe Cheminées Philippe. Elle est restructurée et modernisée, renoue avec les bénéfices et occupe à nouveau une position privilégiée sur le marché des appareils de chauffage et des cuisinières de haute technologie.


Le programme de valorisation du Familistère Godin de Guise est financé par le département de l'Aisne, la ville de Guise,
l'Etat, l'Europe et la rgion Picardie.