la maison Godin

La stratégie
En l’espace de vingt ans, la modeste fabrique fondée par Godin à Esquéhéries en 1840 et installée à Guise en 1846 s’est imposée sur le marché de la production d’appareils de chauffage et de cuisson.

Les raisons du succès de l’entreprise tiennent d’abord à l’inventivité de Jean-Baptiste André Godin. Son acte fondateur est de breveter l’utilisation de la fonte de fer plutôt que celle de la tôle métallique pour la construction de poêles au pouvoir calorifique supérieur, robustes et bon marché. Sa seconde découverte fondamentale consiste dans l’application d’émaux polychromes aux objets en fonte, procédé breveté en 1851. Poêles et cuisinières « Godin » sont des appareils efficaces mais aussi de véritables meubles décoratifs.

La stratégie industrielle de Godin ne se résume cependant pas à la protection légale, parfois illusoire, de ses multiples inventions. Pour faire face à une concurrence particulièrement vive, il introduit un processus de contrôle de la qualité et diversifie la production, pressentant les besoins de ses contemporains. « Godin » deviendra un nom commun pour désigner un appareil de chauffage.

De plus, des investissements importants sont consentis tout au long du siècle afin de mécaniser la chaîne de fabrication. Les installations de moulage mécanique permettent d’augmenter la production dans des proportions considérables : de 100 appareils produits en 1850, elle atteint 100 000 en 1882. Le personnel de l’usine se développe alors en conséquence. L’usine de Guise emploie 30 personnes en 1846, 300 en 1852 puis 1500 personnes à Guise et dans la succursale de Bruxelles en 1887.

Le modèle social
Ce succès industriel va de pair avec la promotion d’un modèle social. L’usine n’emploie pas d’enfants de moins de 14 ans. Les ouvriers bénéficient de l’assistance d’une caisse d’assurance maladie puis d’une caisse de pensions pour retraités, veuves et orphelins dont le financement se répartit équitablement entre le capital et le salaire.

Godin mène une expérience de participation des employés aux bénéfices. Puis, une fois en possession des manufactures en son seul nom, à la suite de sa séparation avec Esther Lemaire, il fonde en 1880 l’Association coopérative du capital et du travail, Société du Familistère Godin & Cie. Les usines de Guise et de Bruxelles, font partie de l’apport de Godin au capital de l’Association. Le travail des associés ou des sociétaires est rémunéré, en plus du salaire, par des intérêts sous forme de titres de participation au capital de l’entreprise. Ces salariés vont se rendre peu à peu propriétaires de leur entreprise. L’objet de l’Association est également de faire entrer la démocratie dans l’usine. Un conseil de gérance et un conseil d’industrie assistent l’administrateur-gérant dans la conduite des affaires industrielles.

La succession
La succession du fondateur est réglée par les statuts de 1880 : les usines sont dirigées par les administrateurs-gérants élus par l’assemblée générale des associés jusque 1968.

Après la seconde guerre mondiale, la maison Godin perd son leadership. Le contexte économique et les difficultés économiques et sociales conduisent en 1968 à la dissolution de l’Association coopérative du capital et du travail et à sa transformation en société anonyme. L’expérimentation est close. Godin SA devient tour à tour la propriété de la société Le Creuset, fabricant de poteries culinaires en fonte à Fresnoy-le-Grand (Aisne) en 1970, puis celle du groupe Cheminées Philippe en 1988. L’usine restructurée et modernisée, renoue avec les bénéfices. Elle occupe à nouveau une position privilégiée sur le marché des appareils de chauffage et des cuisinières de haute technologie.
L’étonnante diversité des modèles caractérise la production des fonderies de Guise à toutes les époques de son développement jusque la seconde guerre mondiale.

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Le personnel de l’atelier d’ajustage de l’usine de Guise · photographie De Jongh Frères, 1899 (détail) · collection Familistère de Guise